Inceste & climat incestuel : près de 6% des français touchés !

En France, une étude de l’INED (Institut National d’Études Démographiques) de 2015 avance que 5% des femmes et un peu moins de 1% des hommes de 20 à 69 ans ont été victimes d’agression sexuelle, de viol, de tentative de viol ou d’attouchements dans le cadre familial ou de l’entourage proche. Presque tous l’ont été (pour la première fois) entre 0 et 17 ans. Les enfants et adolescents sont les premières victimes d’inceste !

Qu’est-ce que l’inceste ?

L’inceste est une agression à caractère sexuel commise par une personne sur une autre, au sein d’une même famille. Cette agression peut se manifester dès la naissance et se poursuivre ensuite durant l’enfance, l’adolescence et même jusqu’à l’âge adulte.

Techniquement, l’inceste peut se manifester par des attouchements et/ou pénétration, quelle qu’elle soit et que ce soit par organe sexuel (rapports sexuels), avec les doigts ou un objet. Les attouchements peuvent comprendre les baisers forcés, les actes de masturbation, l’exhibitionnisme, etc.

D’après la loi (Code Pénal), l’agresseur est un “ascendant” (père, mère, grand-parent, oncle, tante) “ou toute autre personne ayant une autorité de droit ou de fait sur la victime”, ce qui peut donc inclure les cousins et cousines ou les frères et sœurs.

La “famille incestuelle” peut concerner les nouveaux modèles familiaux et ainsi inclure le beau-père/la belle-mère ou encore le conjoint d’un parent. Il ne s’agit pas forcément d’une personne ayant un “lien de sang” ou de parenté directe avec la victime.

Comment commence l’inceste ?

L’inceste commence le plus souvent par des actes qui peuvent sembler “moins graves” (séduction, regards, caresses) et s’installer peu à peu entre l’agresseur et la victime, ce qui emprisonne généralement cette dernière dans une relation de violence psychique extrêmement grave, même s’il n’y a pas de violences sexuelles à proprement parler.

Parfois, l’inceste peut survenir de façon brutale sans passer par cette phase d’installation progressive de la “relation incestueuse”.

Inceste ou “climat incestuel” ?

Le climat incestuel est un climat familial où aucune agression sexuelle physique n’est portée à l’enfant ou l’ado, cependant la victime se retrouve confrontée à la sexualité de l’adulte : visionnage de films pornographiques, attitudes ou propos déplacés, exhibitions forcée, etc. Il n’y a pas dans ce cas de passage à l’acte à proprement parler mais l’aspect traumatique pour les victimes n’est pas à négliger, au contraire, il peut être plus subtil et plus difficile à détecter.

L’inceste ≠ La pédophilie

Il faut distinguer l’inceste de la pédophilie. Si cette dernière est une perversion sexuelle d’un adulte envers un enfant, l’agresseur ne fait pas partie de la famille de la victime.

Toutefois, les études montrent que les enfants victimes de violences sexuelles commises par des adultes (hors cercle familial) se trouvent souvent dans le cercle de connaissance de l’agresseur et vice-versa : ami de la famille, professeur, voisin…

 INCESTEPÉDOPHILIE
AgresseurMembre de la famille, ascendant ou ayant une autorité de droit ou de fait sur la victimeAdulte, souvent appartenant au cercle de connaissance de la victime
VictimeEnfant, adolescent ou adulte. Souvent entre 0 et 17 ans pour les premières agressions constatéesEnfant

Reconnaître les symptômes post-traumatiques chez les victimes d’inceste

Le traumatisme engendré pour les victimes d’inceste peut être dévastateur. Repérer les symptômes permet une prise en charges des victimes plus rapide et appropriée afin de les accompagner du mieux possible dans leur reconstruction, même plusieurs années après les faits. En effet, il est rare que les victimes rapportent d’elles-mêmes les faits, surtout lorsque les faits sont en cours ou récents. Il existe un véritable tabou de l’inceste, instauré non seulement par le traumatisme vécu mais aussi par la honte, la peur du regard des autres, la peur du jugement de la société extérieure au cercle familial, etc.

Voici quelques pistes pour aider les travailleurs sociaux, éducateurs ou professionnels accompagnants à déceler des cas d’inceste :

Symptômes chez les enfants victimes d’inceste :

  • Désintérêt pour les jeux.
  • Difficultés à l’école ou phobie scolaire.
  • Énurésie (pipi au lit) ou encoprésie (incontinence fécale) après apprentissage complet de la propreté.
  • Troubles du sommeil : cauchemars, terreurs nocturnes.
  • Méfiance et agressivité envers les adultes.
  • Signes dépressifs, anxiété.
  • Perte de l’estime de soi, culpabilité, honte.
  • Sexualisation en décalage par rapport à l’âge de l’enfant.

Symptômes chez les adolescents et adultes victimes d’inceste :

  • Signes dépressifs, anxiété.
  • Tentatives de suicides.
  • Scarification, brûlures.
  • Phobies.
  • Conduites à risque : délinquance, marginalité, prostitution, toxicomanie.
  • Perte de l’estime de soi.
  • Sexualité perturbée voire absence de sexualité ou hyper sexualisation.
  • Troubles alimentaires : anorexie, boulimie.

Cette liste non exhaustive peut bien évidemment varier d’un cas à l’autre. À l’inverse, une personne qui présente plusieurs de ces symptômes n’a pas nécessairement été victime d’inceste au cours de sa vie. C’est aux travailleurs sociaux ou aux professionnels de l’éducation par exemple, en contact direct avec les victimes potentielles, de faire la part des choses et de se concerter pour décider d’un signalement aux autorités compétentes, ou non.

L’inceste aux yeux de la loi

L’inceste n’est pas considéré comme une infraction à part entière par le droit pénal mais comme une circonstance aggravante en cas :

  • de viol,
  • d’agressions sexuelles,
  • de mise en péril de mineurs de moins de quinze ans par atteinte sexuelle.

Bien entendu, dans tous les cas, des peines d’emprisonnement sont prévues par la loi et peuvent varier selon les cas.

En 2016, une loi sur la protection de l’enfance a permis de réintroduire dans le Code pénal la notion d’inceste. Depuis, les atteintes/agressions sexuelles et viols sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis sur un mineur par un parent/grand-parent, frère/sœur, oncle/tante, neveu/nièce ou par un concubin/partenaire de l’une des personnes citées précédemment. En 2018, une autre loi a élargi la qualification d’inceste à toutes les victimes de viols ou d’agressions sexuelles et non plus seulement aux mineurs. Il appartient désormais aux juges de prendre l’âge de la victime en considération pour démontrer la contrainte s’il s’agit d’un mineur par exemple et d’adapter le verdict en conséquence.

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