Analyse de pratique en crèche : obligation, cadre légal et exemple pour les équipes
Devenue obligatoire en crèche depuis le décret du 30 août 2021, l'analyse de pratique professionnelle offre aux équipes un espace de réflexion sur leur quotidien. Faisons le point sur son cadre légal, son déroulement, un exemple concret de séance et les bénéfices observés sur les équipes, les enfants et les familles, à partir des témoignages de quatre professionnelles engagées.
Ressource mise à jour le 28 mai 2026
L’analyse de pratique professionnelle en crèche est devenue, depuis le décret du 30 août 2021, une obligation pour tous les établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE).
Chaque professionnel doit désormais bénéficier d’un minimum de six heures annuelles, dont deux heures par quadrimestre, dans le cadre de séances animées par un intervenant qualifié et extérieur à l’équipe.
Bien avant cette réforme, certaines crèches avaient déjà compris l’intérêt de cette démarche réflexive collective. Travailler auprès de jeunes enfants, dans des contextes parfois marqués par la précarité, le handicap ou les violences intrafamiliales, demande aux équipes une attention de tous les instants. L’analyse de pratique (APP) leur ouvre un espace pour prendre du recul, mettre des mots sur leurs ressentis et construire ensemble des réponses ajustées.
À travers les expériences de Sabine Olivier, directrice d’un pôle de crèches de l’association Esperem, Nathalie Veneau, responsable Petite Enfance de l’association Envoludia, Agnès Crouvizier, animatrice de groupes d’analyse de pratique, et Nathalie Lépinay-Beguec, directrice de la crèche Mes Tissages, cette ressource pédagogique éclaire le cadre légal de l’APP en crèche, son déroulement concret, ses bénéfices, et présente un exemple détaillé de séance.
L’analyse de pratique en crèche : définition et enjeux
Une définition claire
L’analyse de pratique professionnelle (APP) en crèche est une démarche réflexive collective qui réunit, dans un cadre confidentiel et hors présence des enfants, des professionnels d’une même équipe pour analyser ensemble des situations vécues avec les enfants, les familles ou au sein de l’équipe. Animées par un intervenant extérieur qualifié, ces séances visent à prendre du recul sur les pratiques quotidiennes, à construire une compréhension partagée des situations complexes et à ouvrir des pistes d’action concrètes.
Vous pourrez retrouver ce dispositif sous trois acronymes : APP (analyse des pratiques professionnelles), GAP (groupe d’analyse de pratique – chez Epsilon Mélia nous utilisons cette dénomination, les animateurs.trices sont appelés « Gappeurs.euses ») ou parfois ADP. Tous renvoient au même dispositif, encadré aujourd’hui par l’article R. 2324-37 du Code de la santé publique dans le cadre du secteur spécifique de la petite enfance.
Des enjeux spécifiques aux crèches
Travailler auprès des jeunes enfants est exigeant. Il ne s’agit pas seulement de répondre à leurs besoins fondamentaux, mais aussi de construire un environnement éducatif et émotionnellement enrichissant, souvent dans des contextes complexes. Les crèches accueillent de plus en plus de familles en grande précarité, des enfants en situation de handicap ou encore des femmes victimes de violences. Ces réalités impactent directement les équipes.
"Les familles accueillies ont des parcours complexes, douloureux. Il faut pouvoir parler de ses ressentis. Voir des parents agir avec leurs enfants renvoie parfois à nos propres histoires ou à des émotions difficiles à gérer"
Directrice d’un pôle de crèches de l’association ESPEREM
Un espace pour « faire un pas de côté »
Selon Sabine Olivier, l’analyse de pratique permet aux professionnels.elles de « faire un pas de côté », une métaphore riche qui illustre le besoin de se détacher des réflexes personnels pour adopter une vision professionnelle et collective. « Faire ce pas de côté, c’est enlever ses lunettes personnelles ou culturelles pour construire un projet adapté à l’enfant », précise-t-elle.
Cet outil invite les professionnelles à interroger leurs certitudes et à se confronter aux différentes interprétations des situations vécues. L’objectif n’est pas de fournir des réponses toutes faites, mais d’ouvrir le champ des possibles.
Bien distinguer l’APP : ce qu’elle n’est pas
L’analyse de pratique se distingue d’autres dispositifs d’accompagnement d’équipes, avec lesquels elle est souvent confondue. Un même intervenant peut être amené à articuler ces différents dispositifs, mais la confusion entre eux nuit à la pertinence de chacun et ne sont pas utilisés pour les mêmes raisons et objectifs.
| Dispositif | Pour | Objectif |
| Analyse de pratique (APP) | Une situation professionnelle vécue, analysée collectivement | Réflexivité, ajustement des pratiques |
| Supervision | Le ressenti et la posture professionnelle individuelle face au travail | Élaboration personnelle, soutien du praticien |
| Régulation d'équipe | Les dynamiques relationnelles et conflits internes à l'équipe | Restaurer le fonctionnement collectif |
| Réunion de service | L'organisation du travail | Coordination opérationnelle |
| Formation | Des contenus théoriques ou techniques | Acquisition de connaissances et compétences |
Un cadre légal désormais structurant
Le décret du 30 août 2021 et l’article R. 2324-37
Le décret n° 2021-1131 du 30 août 2021 relatif aux assistants maternels et aux établissements d’accueil de jeunes enfants a introduit l’obligation d’organiser des séances d’analyse de pratique dans tous les EAJE. Cette obligation est codifiée à l’article R. 2324-37 du Code de la santé publique. La mise en conformité était attendue au 1er janvier 2023.
L’analyse de pratique est par ailleurs intégrée au projet d’établissement, comme le précise l’article R. 2324-29 du même code : le projet d’accueil doit décrire les actions menées en matière d’APP.
Six obligations à connaître
Le texte fixe précisément les modalités de mise en œuvre. Six règles structurent l’obligation :
- Le volume horaire : chaque professionnel bénéficie d’au moins 6 heures annuelles, dont 2 heures par quadrimestre (période de quatre mois).
- Le cadre temporel : les séances se déroulent en dehors de la présence des enfants.
- La qualification de l’animateur : l’intervenant doit disposer d’une qualification définie par l’arrêté du ministre chargé de la famille.
- L’indépendance : l’animateur n’appartient pas à l’équipe d’encadrement et n’a pas de lien hiérarchique avec les participants. Il peut être salarié du gestionnaire ou intervenant extérieur.
- La taille du groupe : une séance ne peut pas réunir plus de 15 professionnels.
- La confidentialité : participants et animateur s’engagent à respecter la confidentialité des échanges.
À retenir
- L’obligation concerne tous les EAJE (crèches collectives, micro-crèches, multi-accueil, crèches parentales, jardins d’enfants), au sens de l’article R. 2324-17 du Code de la santé publique.
- Pour les assistants.es maternels.elles, la participation à l’APP est ouverte mais non obligatoire.
- Le gestionnaire de l’établissement est responsable de l’organisation effective.
Qui peut animer une séance d’APP en crèche ?
L’article 7 de l’arrêté du 29 juillet 2022 précise les qualifications requises pour animer les séances. L’animateur doit être titulaire de l’un des diplômes suivants :
- diplôme de psychiatrie, psychologie ou psycho-sociologie, au minimum de niveau 5 (équivalent bac+2),
- titre ou diplôme inscrit au répertoire national des certifications professionnelles attestant de compétences permettant d’exercer cette fonction,
- master II de sciences de l’éducation,
- diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants,
- diplôme d’État de psychomotricien,
- diplôme de puériculture.
Ces critères ne s’appliquent pas aux personnes ayant établi une convention de prestation ou un contrat au sein d’un EAJE avant le 4 août 2022, date de parution de l’arrêté.
Devenir animateur.trice de groupes d'analyse des pratiques certifié.e
Chez Epsilon Mélia, nous proposons une formation certifiante « Animer des groupes d’analyse de la pratique professionnelle » (éligible CPF).
La première partie de ce parcours de formation existe dans une version spécialement dédiée à la petite enfance, un atout précieux pour les professionnels qui souhaitent animer ces temps réflexifs ou pour les intervenants en reconversion.
Le rôle du gestionnaire et la place du responsable de structure
Le gestionnaire organise et finance le dispositif. La question de la présence ou non du responsable de la structure lors des séances n’est pas tranchée par les textes. La majorité des intervenants spécialisés recommandent que cette présence soit discutée en amont avec l’équipe, et conditionnée à la possibilité de garantir une liberté de parole pour chacun. S’il participe, c’est à la même place que les autres membres du groupe.
Pourquoi l’analyse de pratique transforme les équipes
Une démarche aux racines anciennes
L’analyse de pratique trouve son origine dans les groupes Balint, créés dans les années 1950 par le psychiatre et psychanalyste hongrois Michael Balint pour travailler la dimension relationnelle entre médecin et patient. Elle s’est ensuite enrichie des groupes de soutien au praticien de Jacques Lévine, mis en œuvre auprès des enseignants. Aujourd’hui, l’APP se décline dans tous les métiers de la relation d’aide, avec des approches variées (systémique, analyse transactionnelle, approche clinique, approche pédagogique).
Un outil de management et de qualité d’accueil
Nathalie Lépinay-Beguec, directrice de la crèche Mes Tissages à Paris, où l’analyse de pratique est en place depuis neuf ans, en parle comme d’un véritable outil de pilotage :
"Je le considère comme un outil de management. Cela permet d'offrir aux professionnelles un espace d'élaboration qui leur appartient totalement"
Directrice de la crèche Mes Tissages (Paris)
L’APP s’inscrit ainsi pleinement dans une démarche qualité d’accueil, valorisée par les services de Protection Maternelle et Infantile (PMI) lors de leurs contrôles, et cohérente avec les attendus de l’évaluation HAS qui s’applique désormais aux EAJE.
Comment se déroule une séance d’analyse de pratique en crèche ?
Le cadre, condition de la confiance
Avant toute analyse, l’animateur rappelle en début de séance les trois règles fondamentales :
- la confidentialité des échanges, qui restent au sein du groupe (même si les apprentissages peuvent être évoqués à l’extérieur sans citer les personnes),
- le respect de la parole de l’autre et l’écoute bienveillante,
- le non-jugement, qui permet à chacun de s’exprimer sans crainte.
Ce cadre doit être accepté par tous les participants. Il est le garant d’une parole libre et donc d’un travail réflexif possible.
Durée, fréquence et composition du groupe
| Paramètre | Cadre habituel |
| Durée d'une séance | 1h30 à 2h |
| Fréquence recommandée | Toutes les 4 à 6 semaines |
| Volume annuel par professionnel | 6h minimum (dont 2h par quadrimestre) |
| Taille du groupe | 15 personnes maximum |
| Cadre temporel | Hors présence des enfants |
| Stabilité du groupe | Idéalement, mêmes participants dans la durée |
La stabilité du groupe et la régularité du rythme sont des conditions essentielles pour installer la confiance nécessaire au travail collectif.
Les étapes d’une séance type
Une séance d’APP suit généralement un déroulement structuré en quatre à cinq phases :
- Le récit d’une situation vécue par un professionnel, qui choisit d’apporter une situation qui continue de l’habiter (questionnements, émotions, doutes).
- Le questionnement du groupe, qui pose des questions pour clarifier et compléter, sans jugement ni piste déguisée.
- L’analyse collective : chacun propose ses hypothèses de compréhension, ses lectures, ses repères théoriques. Le narrateur écoute et prend des notes.
- L’élaboration de pistes d’action, à partir des analyses partagées.
- La restitution et le réinvestissement : le narrateur dit ce qu’il retient. À la séance suivante, il peut partager ce qu’il a expérimenté entre-temps.
L’importance de l’intervenant extérieur
La neutralité de l’intervenant est un des piliers du succès de l’analyse de pratique.
"L'intervenant extérieur apporte une liberté dans la parole, car il n'est pas lié hiérarchiquement aux participantes"
Directrice d’un pôle de crèches de l’association ESPEREM
Cependant, trouver le bon intervenant n’est pas toujours aisé.
"Pendant deux ans, un intervenant avait une approche trop intellectuelle et déconnectée des besoins. Depuis, nous avons une intervenante plus en phase avec la dynamique de l'équipe, et cela fonctionne mieux"
Responsable Petite Enfance de l'association Envoludia
Des approches personnalisées pour enrichir les séances
Certains intervenants adaptent leur méthodologie en fonction des sujets abordés. Sabine Olivier évoque par exemple une analyste qui, après une séance sur un thème spécifique, revenait à la séance suivante avec un livre pour enfants reprenant la problématique discutée. Ce support, bien qu’indirect, permettait de nourrir la réflexion collective et d’amener des outils transposables au travail quotidien auprès des enfants.
Exemple concret d’analyse de pratique en crèche
Pour illustrer concrètement ce qui se joue lors d’une séance, voici un exemple type de situation traitée en analyse de pratique, inspiré de cas fréquemment rapportés en crèche.
Le contexte
Lors d’une séance, Léa, auxiliaire de puériculture dans une crèche multi-accueil, expose une situation qui la met en difficulté depuis plusieurs semaines. Une mère arrive chaque matin tendue, ne dit pas bonjour, dépose son enfant brusquement et part sans regarder l’équipe. L’enfant, deux ans, pleure longuement après le départ de sa mère. Léa se sent jugée, voire rejetée, et n’arrive plus à entrer en relation avec cette famille. Elle a évité d’aborder le sujet en réunion d’équipe, par crainte d’être perçue comme manquant de professionnalisme.
Le questionnement du groupe
Les collègues posent d’abord des questions factuelles, sans jugement : depuis quand la situation dure-t-elle ? Comment l’enfant se comporte-t-il dans la journée ? Que sait l’équipe de la situation familiale ? Léa réalise progressivement qu’elle a peu d’informations sur le contexte de cette famille. Elle se souvient qu’une collègue a évoqué des rendez-vous médicaux fréquents pour le père.
L’analyse collective
L’animateur invite ensuite le groupe à proposer des hypothèses de lecture. Trois pistes émergent :
- Hypothèse 1 : la mère traverse une période difficile (santé, charge mentale, isolement) et son attitude n’est pas dirigée contre l’équipe.
- Hypothèse 2 : la séparation matinale est un moment particulièrement douloureux pour cette mère, qui se protège par l’évitement.
- Hypothèse 3 : un malentendu antérieur, peut-être anodin du point de vue de l’équipe, a installé une distance qui n’a jamais été nommée.
Une collègue partage une expérience analogue qu’elle a vécue dans une autre crèche, et la manière dont une attention bienveillante avait permis de renouer.
Les pistes d’action
À l’issue de l’échange, Léa identifie plusieurs pistes :
- proposer un temps d’échange informel avec la mère, sans en faire un événement, simplement en lui demandant comment elle va,
- ne plus interpréter l’évitement comme un jugement personnel,
- partager la situation en réunion d’équipe pour ajuster l’accueil matinal collectivement,
- observer plus finement le comportement de l’enfant dans la journée pour partager des éléments concrets avec la famille.
Ce que produit l’analyse
Lors de la séance suivante, Léa rapporte qu’elle a réussi à dire bonjour à la mère sur un ton apaisé, et qu’un échange bref a eu lieu. L’attitude de la mère commence à changer. Plus profondément, Léa repart de la séance avec moins de poids émotionnel sur cette situation et un regard professionnel renouvelé sur la relation aux familles.
À retenir
- L’analyse de pratique ne fournit pas une « solution » toute faite, elle ouvre des hypothèses et des pistes.
- L’enjeu est moins la situation elle-même que le changement de regard du professionnel sur celle-ci.
- Le collectif est porteur : ce que chacun apporte enrichit la lecture, à condition que le cadre garantisse la liberté de parole.
Des sujets variés et révélateurs
Les relations avec les familles comme enjeu central
Les interactions avec les familles représentent souvent le cœur des discussions.
"Certaines professionnelles hésitent à aborder des sujets délicats, comme les violences intrafamiliales. Elles craignent d’être maladroites ou de franchir des limites"
Animatrice de groupes d’analyse de pratique
Dans ces cas, le rôle de l’intervenant est de leur redonner du pouvoir d’action, en travaillant sur la posture à adopter et en encourageant une communication sans jugement. « On peut partager une opinion ou une hypothèse sans pour autant imposer un point de vue », poursuit Agnès Crouvizier.
Des tensions autour du cadre éducatif
Un autre sujet souvent abordé est le respect du cadre éducatif par les familles. Certaines revendiquent un « droit à l’accueil » sans nécessairement adhérer au partenariat éducatif proposé par la structure. Ces divergences peuvent déstabiliser les professionnelles, qui se sentent parfois remises en question dans leur légitimité.
Les comportements des enfants
Le groupe explore aussi régulièrement les comportements qui interpellent : pleurs persistants, morsures, réactions intenses à la frustration, retraits, retards de langage. La mobilisation des connaissances sur le développement de l’enfant, sur l’attachement et sur les interactions précoces vient nourrir les analyses, sans pour autant transformer la séance en cours théorique.
Les bénéfices pour les professionnelles, les enfants et les familles
Un espace de libération et de ressourcement
Sabine Olivier évoque un effet de « nourriture psychique » après les séances : « Les collègues n’ont pas besoin d’être performantes, elles peuvent simplement partager leurs ressentis. Cela produit souvent une meilleure compréhension mutuelle et de la bienveillance au sein de l’équipe ».
En offrant un espace pour déposer les tensions et verbaliser les difficultés du quotidien, l’analyse de pratique participe directement à la qualité de vie au travail des équipes et contribue à prévenir l’usure professionnelle, particulièrement présente dans les métiers de la relation d’aide.
"Elles sont plus apaisées, davantage connectées à leur corps et repartent avec des pistes d’action concrètes"
Directrice de la crèche Mes Tissages (Paris)
Un outil de professionnalisation
Pour les jeunes professionnelles, parfois peu expérimentées, l’analyse de pratique constitue un véritable levier de professionnalisation. En confrontant leurs idées à celles de leurs collègues plus expérimentées, elles gagnent en assurance et renforcent leur posture éducative. C’est en cela que l’APP participe au développement continu des compétences, dans la lignée des travaux de Donald Schön sur le « praticien réflexif ».
Une relation enrichie avec les familles
L’analyse de pratique permet de revisiter les relations avec les familles sous un angle nouveau. Sabine Olivier souligne que simplement parler d’un enfant en séance peut modifier la perception qu’a l’équipe de lui, avec des effets positifs visibles sur le terrain.
Un accueil plus inclusif
Dans des structures comme celles d’Envoludia, où 20 à 30% des enfants accueillis sont en situation de handicap, l’analyse de pratique aide les professionnelles à intégrer ces réalités dans leur quotidien. « Le tiers extérieur permet de transformer les émotions brutes en une réflexion constructive », explique Nathalie Veneau. Cela soutient également la coéducation avec les familles, en renforçant le lien parent-enfant.
Une cohérence éducative renforcée
L’APP travaille la cohérence des pratiques au sein de l’équipe. Cette cohérence offre à l’enfant des repères stables qui sont essentiels à sa construction. Les propositions éducatives co-élaborées en séance prennent en compte la singularité de chaque enfant, ce qui aide à intégrer la dimension individuelle dans l’accueil collectif.
Le témoignage d'une professionnelle
Angélique Le Briero, professionnelle expérimentée dans l’animation de groupes d’analyse de pratique, partage son expérience et sa vision des bénéfices de ce dispositif en crèche.
Mettre en place l’analyse de pratique : conseils et écueils à éviter
Trouver le bon intervenant
Le choix de l’intervenant est déterminant. Au-delà des qualifications réglementaires, plusieurs critères qualitatifs sont à considérer :
- une posture d’animateur, pas de prescripteur de solutions ni de sachant qui poserait des « diagnostics »,
- une connaissance du secteur de la petite enfance, de ses spécificités et de sa crise actuelle,
- une maîtrise du cadre et des règles de fonctionnement du groupe,
- une capacité à articuler écoute clinique et réflexivité collective.
Chez Epsilon Mélia, nous proposons également des séances de supervision collective des animateurs de groupes d’analyse de pratique (GAP) afin d’affiner sa pratique et son style d’intervention.
Doser la fréquence
Organiser des séances d’analyse de pratique peut représenter un défi logistique. Comme le note Nathalie Veneau, « il faut trouver le bon dosage entre trop et trop peu. Trop de séances risquent de saturer les équipes, tandis que trop peu nuisent à la continuité de la réflexion ».
Une fréquence d’une séance toutes les 4 à 6 semaines, sur l’année, est généralement considérée comme un bon équilibre. Les 6 heures annuelles réglementaires constituent un plancher, pas un objectif.
Préserver la vocation de l’outil
Il est essentiel que l’analyse de pratique reste un espace dédié à la réflexion et non un substitut à d’autres types de réunions (supervision individuelle, supervision d’équipe, régulation de conflits, formation, réunion de service). Ce cadre clair garantit l’adhésion des équipes et la pertinence du dispositif.
Anticiper le financement
Le décret ne prévoit pas de financement dédié pour l’APP en crèche, ce qui est régulièrement pointé par les professionnels du secteur. Plusieurs leviers existent :
- budget formation ou plan de développement des compétences (PDC) de la structure ou du gestionnaire,
- prise en charge OPCO selon le statut de l’établissement et l’éligibilité de la prestation,
- mutualisation entre structures (notamment pour les micro-crèches), qui permet de partager le coût d’un intervenant entre plusieurs établissements.
À noter
Pour les structures de petite taille, comme les micro-crèches, l’organisation interne peut être complexe et coûteuse.
Une solution émerge de plus en plus : le format inter-structure (regroupement de professionnels de plusieurs crèches au sein d’une même séance) qui permet de remplir l’obligation légale tout en mutualisant le coût et en enrichissant les échanges par la diversité des contextes.
Epsilon Mélia intervient parfois auprès de ce type de groupe d’analyse des pratiques (GAP), organisés à l’initiatives des structures participantes.
Vos questions sur l'analyse de pratique en crèche
L'analyse de pratique en crèche est-elle obligatoire ?
Oui. Depuis le décret n° 2021-1131 du 30 août 2021, codifié à l'article R. 2324-37 du Code de la santé publique, tous les EAJE doivent organiser des séances d'analyse de pratique professionnelle pour leurs équipes. La mise en conformité était attendue au 1er janvier 2023.
Combien d'heures par an et avec quelle fréquence ?
Chaque professionnel doit bénéficier d'au minimum 6 heures annuelles, dont 2 heures par quadrimestre (période de 4 mois). En pratique, cela correspond généralement à 3 à 4 séances de 1h30 à 2h dans l'année. Les séances se déroulent hors présence des enfants.
Qui peut animer une séance d'APP en crèche ?
L'arrêté du 29 juillet 2022 fixe les qualifications requises. L'animateur doit être titulaire d'un diplôme de psychologie, psychiatrie, psycho-sociologie (niveau 5 minimum), d'un master II de sciences de l'éducation, d'un diplôme d'éducateur de jeunes enfants, de psychomotricien, de puériculture, ou d'une certification RNCP reconnue. Il doit être extérieur à l'équipe et sans lien hiérarchique avec les participants.
Quelle différence entre analyse de pratique, supervision et régulation d'équipe ?
L'APP porte sur des situations professionnelles vécues, analysées collectivement pour ajuster les pratiques. La supervision se centre sur la posture et le ressenti individuel du praticien face à son travail. La régulation d'équipe intervient sur les dynamiques relationnelles internes à l'équipe. Ces trois dispositifs sont complémentaires mais ne se substituent pas.
Le directeur ou la directrice de la crèche peut-il participer aux séances ?
Le décret ne tranche pas. La pratique recommande que cette présence soit discutée en amont avec l'équipe et conditionnée au respect de la liberté de parole. S'il participe, il prend place comme les autres membres du groupe.
L'animateur peut-il être un salarié de la crèche ?
Oui, l'animateur peut être salarié du gestionnaire ou intervenant extérieur. Dans tous les cas, il ne doit pas appartenir à l'équipe d'encadrement des enfants ni avoir de lien hiérarchique avec les participants.
Combien de participants par séance au maximum ?
Quinze professionnels au maximum, conformément au décret. Au-delà, les conditions de parole et de qualité du travail collectif ne sont plus garanties.
L'analyse de pratique concerne-t-elle aussi les assistants maternels ?
Le dispositif leur est ouvert mais non obligatoire. Les relais petite enfance (RPE) peuvent toutefois organiser des temps d'APP pour les assistants maternels qui le souhaitent.
Comment financer l'analyse de pratique en crèche ?
Plusieurs voies existent : budget de fonctionnement du gestionnaire, plan de développement des compétences, prise en charge OPCO selon le statut de la structure, ou format inter-structure mutualisé pour les petites structures.
Références bibliographiques et ressources
Ouvrages et articles scientifiques
Le médecin, son malade et la maladie. Michael BALINT. Petite Bibliothèque Payot, 1975 (1ère éd. 1957).
JE est un autre, pour un dialogue pédagogie-psychanalyse. Jacques LÉVINE et Jeanne MOLL. ESF, 2001.
Le praticien réflexif, à la recherche du savoir caché dans l’agir professionnel. Donald SCHÖN. Éditions Logiques, 1994 (édition originale 1983).
Textes réglementaires
Décret n° 2021-1131 du 30 août 2021 relatif aux assistants maternels et aux établissements d’accueil de jeunes enfants (Légifrance)
Article R. 2324-37 du Code de la santé publique (Légifrance)
Arrêté du 29 juillet 2022 relatif aux professionnels autorisés à exercer dans les modes d’accueil du jeune enfant (Légifrance)
Site institutionnel
HAS, Haute Autorité de Santé, recommandations bonnes pratiques en EAJE
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Analyse de Pratique Professionnelle en crèche
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