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La traversée du COVID dans le social et médico-social : replay de la table ronde

Le confinement

Le 27 avril dernier, en plein confinement, nous organisions avec notre partenaire Staffsocial notre première table ronde. Tous sidérés que nous étions confrontés à cette menace qu’est la COVID et le confinement qu’elle nous imposait, nous avions voulu dépasser cette sidération en mettant des mots sur ce que nous vivions. Nous nous étions alors interrogés : « Comment faisons-nous face à ce qui est en train de nous arriver ?« .

Le diagnostic des intervenants d’Epsilon Mélia

L’idée était de penser la singularité de l’évènement qui venait nous bousculer tous dans les structures du champ social & médico-social, dans nos pratiques.
Pour l’occasion, nous avions donné la parole aux intervenants d’Epsilon Mélia qui animent des groupes de l’analyse des pratiques et de supervisions, qu’ils interviennent dans les champs du handicap, de la protection de l’enfance, de la précarité ou encore à l’hôpital.
Nous attendions d’eux qu’ils nous fassent un diagnostic de ce de ce qu’ils observaient auprès des équipes de MECS, de CHRS, de Foyers d’hébergement, etc, ainsi que dans les services ouverts tels les AEMO, Placements familiaux, SESSAD, etc…

De la mobilisation et de la créativité

Le constat d’alors était que cette situation des plus singulières rendait possible dans ces lieux des fonctionnements qui auraient été impossibles un mois avant, et cela pour le plus grand bénéfice et des personnes accompagnées et des professionnels.
Les équipes s’étaient adaptées, elles ont fait preuve d’une grande créativité ; les professionnels faisaient l’expérience de nouvelles relations avec les bénéficiaires, que ce soit avec les enfants et adolescents accueillies en MECS, les femmes victimes de violence ayant trouvées refuge au sein de foyers d’urgence, ou encore des hommes et des femmes en situation de grande précarité accueillis au sein de maisons relais… Non seulement ça n’avait pas craqué, ni explosé, comme on l’avait craint au début du confinement, mais s’étaient instaurées des relations particulièrement apaisées. Nous nous étions alors collectivement interrogés : « Nombre de nouvelles pratiques imposées par le contexte pourront peut-être être pérennisées au-delà le confinement ? » Dès juin,
des institutions nous sollicitaient afin d’accompagner leurs équipes dans l’analyse de cette crise, l’enjeu étant d’identifier les difficultés rencontrées mais également les mesures prises qui s’étaient avérées heureuses à l’usage.

Voir le replay de la première table ronde : Le confinement, vecteur de changement pour les structures sociales et médico-sociales ?

Les illusions perdues

C’était il y a quelques mois, depuis il y a eu le déconfinement, l’été est passé et avec lui l’illusion que nous avions tourné la page. À nouveau les voyants sont au rouge. Nous ne pouvions pas pour cette deuxième table ronde ne pas revenir sur les conséquences de la COVID sur le fonctionnement de nos institutions. Or si nous avons choisi pour thème La traversée du COVID dans le social et le médico-social, ce n’est pas pour évoquer un franchissement mais plutôt la traversée d’un long tunnel dont on attend avec impatience de percevoir le halo de lumière qui nous indiquerait qu’enfin « c’est bientôt la sortie ».

Notre souhait de donner la parole aux acteurs de terrain

Ce qui nous avait touché à l’occasion de la première table ronde, outre l’audience qui a été bien au-delà de ce que nous pouvions espérer, c’est le fait que de nombreux professionnels du secteur, des travailleurs sociaux, des paramédicaux, des psys, ont loué notre initiative. Leur participation à travers leurs questions, leurs témoignages et commentaires a favorisé les interactions. Ils nous ont confirmés leur désir de témoigner de leur métier, de rendre compte de la réalité de leur environnement professionnel. C’est la raison pour laquelle pour cette seconde table ronde nous avons invité des gens de terrain, une psychologue qui exerce en hôpital auprès de personnes accueillies en service psychiatrique, des directeurs et une directrice-adjointe d’établissements des champs du handicap et de la protection de l’enfance.

Les travailleurs invisibilisés !

Lorsque l’on prend la mesure de ce que représente « Le social », « les champs social et médico-social », le nombre de concitoyens qui sont directement concernés, les bénéficiaires, mais également le nombre de professions qui y sont associées, on ne peut que constater la part congrue qui est réservé à ces acteurs tant dans la parole politique que médiatique.

Il est tout à fait étonnant qu’en cette période où « les problèmes dit sociaux », « les sujets dit de société » tels la pauvreté, la violence, le commerce de drogue, la radicalisation, la violence faite aux enfants, aux femmes, les mineurs non accompagné, la déscolarisation, l’isolement des personnes âgées, les problèmes de logement, les familles qui campent dans les rues de nos villes… occupent nos écrans, alimentent l’inflation des canaux d’information, les éditorialistes, chauffent à blanc les idéologues…, on évoque si peu ceux qui tentent au quotidien « de soigner l’incurie du monde, de poser au cœur du soin, de la santé, et plus généralement, dans les relations avec les autres, l’exigence de rendre la vulnérabilité capacitaire et de porter l’existence de tous comme en jeu propre, dans toutes les circonstances de la vie« (2), pour reprendre les mots de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury.

Or qui fait vivre jour après jour l’idéal de justice et d’égalité sinon ceux traduisent en acte les droits nouveaux. Ceux qui :

  • Œuvrent auprès des personnes en situation de handicap pour qu’elles puissent comme tout un chacun être scolarisées, se former et participer pleinement à la vie sociale et économique.
  • Se débattent pour faire en sorte que tout enfant puisse bénéficier d’un environnent favorable à son développement.
  • Permettent aux miséreux d’avoir un toit au-dessus de la tête et qu’ils bénéficient de soins et de liens ?
  • Recueillent les femmes victimes, en leur foyer, de violences.
  • Assurent concrètement l’accueil à ceux qui sont venus chercher en notre pays hospitalité et bienveillance.

Pour que s’incarnent ces préoccupations démocratiques, que vive l’idéal républicain de liberté, d’égalité et de fraternité, les associations et organisations sont nécessaires. Or elles ne tiennent que de l’engagement de femmes majoritairement et d’hommes : des assistantes, assistants sociaux, des éducatrices et éducateurs spécialisé(e)s, des monitrices, moniteurs d’atelier, des Aides Médico-Spécialisés, des assistant(e)s familiaux, des maitresses de maison, des psychologues, des paramédicaux, des chef(fe)s de services, des directrices, directeurs, etc…

Si durant le confinement nous avons redécouvert l’utilité des métiers invisibles, « que les métiers importants ne sont pas ceux qu’on croyait » (3), tels les métiers de la vente, du nettoyage, du transport, de la production (les caissières, les livreurs, les transporteurs, les éboueurs…), les grands oubliés du confinement ont été, à de rares exceptions (1), les travailleurs sociaux.

Si l’école, l’université, l’hôpital, la justice, la police a connu depuis plus de 30 ans, à une période où ces institutions ont été particulièrement sollicités, nombre de réformes, de bouleversements, des restrictions budgétaires, une dégradation générale des salaires, dont on connaît aujourd’hui les effets délétères qui participent du délitement de la société, qui connaît la réalité du travail social ? Si les professionnels de ces institutions ont pu relayer par l’intermédiaire de leurs syndicats et des médias, auprès de l’opinion publique leurs difficultés à mener à bien leurs missions, il n’en est rien du travail social. Qui sait, autres que les intéressés, comment fonctionne notre milieu, les exigences des organismes de tutelles, les conditions de travail ? Est-ce parce que « les travailleurs sociaux récupèrent les impensés de la société ?« , comme le dit Benjamine Weill. Il est vrai que l’on travaille avec la marge. Le problème c’est que la marge tend à se rependre, à gagner le centre.

Comme pour l’enseignement, l’hôpital, les EPHADs, la Police, le social et médico-social sont confrontés à une crise de vocation. Nombre d’enquêtes révélaient, avant la crise de la COVID 19, une difficulté importante de recrutement dans le médico-social. Depuis le mouvement s’accélère, de plus en plus d’établissements fonctionnent avec des équipes en sous-effectif par manque de candidats. On ne sera pas surpris d’apprendre que les principales causes avancées pour expliquer l’absence de candidatures soit liée au manque d’attractivité des rémunérations.

Parce que nous pensons que ces métiers sont porteurs de sens, et en cela gratifiant, parce que nous pensons comme Cynthia Fleury que Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien…

Pour toutes ces raisons nous souhaitons, à notre mesure et selon nos possibilités, donner la parole à ceux qui ont pour exigence de rendre la vulnérabilité capacitaire, aux professionnels du social et médico-social.

Pour l’occasion nous avons invité :

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