V. Conseils pour animer un atelier d’écriture thérapeutique
Nous avons défini la fonction, le cadre et le contenu de l’atelier d’écriture. Pour terminer, nous allons voir comment animer un atelier d’écriture thérapeutique ou dans le cadre de la relation d’aide. Ces conseils pratiques et points de vigilance visent à étayer votre posture d’animateur.
1. Préparation et cadre thérapeutique
Les ateliers d’écriture sont un dispositif à part entière et les séances se répondent. Ainsi, il est nécessaire à la fois de les préparer en avance et de les adapter en fonction des feedbacks du groupe.
Les thèmes doivent être variés pour confronter chaque participant à des univers étrangers aux leurs. Il est déconseillé d’utiliser la même forme ou le même thème lors de 2 séances
consécutives. Au-delà du stylo et du papier, il est fortement recommandé de recourir à des supports extérieurs – visuels, musicaux, olfactifs, tactiles… N. Chidiac raconte comment elle a proposé aux participants d’écrire avec un galet dans la main, d’après une musique ou inspirés par l’odeur d’une tisane à la fleur d’oranger ramenée en séance.
Nous insistons sur la nécessité de poser un cadre bienveillant et confidentiel pour que chacun ose s’exprimer. Il est intéressant de rappeler régulièrement que la qualité littéraire ne compte pas et de laisser la possibilité d’un joker (aux modalités précises).
2. Gestion de la pratique et des résistances
L’écriture en elle-même peut être intimidante. De plus, en avançant dans le processus, l’écrivant peut développer certaines résistances. Or, l’animateur dispose de plusieurs stratégies pour l’aider à les dépasser.
Cela tient notamment à sa posture non-jugeante : invitez le participant à écrire librement, sans se soucier de la grammaire ou de l’orthographe. Soyez à l’affût de toute tentative de se censurer ou de juger son propre texte, pour les nommer et si possible, les désamorcer avec lui.
En cas de blocage, vous pouvez encourager la personne à exprimer ce qui la gêne dans la consigne ou le fait d’écrire. Vous pouvez même lui proposer d’écrire là-dessus, en lui précisant bien qu’elle aura alors tout à fait répondu aux attentes de l’atelier. En principe, le fait de proposer des consignes contraignantes – haïku, villanelles, tautogrammes… – permet au participant de se focaliser sur l’originalité de l’exercice, et aide à contourner les résistances.
3. L’accompagnement et l’interprétation
Enfin, rappelons que dans l’écriture thérapeutique, c’est la forme qui compte, pas le fond. L’animateur ne cherche pas à interpréter ce que le texte « raconte ». Il s’intéresse plutôt au travail d’élaboration et de création du participant et à son évolution au fil des séances. Il porte attention à la forme – style, ruptures, néologismes… – qui témoigne du travail de symbolisation. Par exemple, une écriture « effractive » avec des ruptures fréquentes peut être rencontrée au début du travail avec une personne angoissée ou traumatisée. Il s’agira d’observer si sa production évolue vers des textes plus « liés », témoignant davantage de continuité.
L’interprétation ne doit pas non plus s’inviter entre participants au moment de la lecture des écrits. L’animateur en est le garant. Il n’analyse pas mais encourage l’échange, le questionnement. Il sollicite des références littéraires auxquelles lui font penser le texte lu. Avant ou après s’être exprimé, il invite les autres participants à faire de même.
Au terme de cette ressource, nous espérons vous avoir fait découvrir la puissance de l’écriture thérapeutique comme levier de changement. Véritable jeu introspectif, baume pour l’âme et le corps, l’écriture est un outil accessible à chacun d’entre nous. Elle peut être mobilisée dans tout type de relation d’aide.
Se former à l’animation d’ateliers d’écriture dans la relation d’accompagnement permet d’affiner sa posture d’intervenant, de tester ses idées d’exercice et d’acquérir une nouvelle compétence professionnelle.