Qu’est-ce qu’un génogramme, l'outil systémique ?
Qu’est-ce qu’un génogramme, à quoi sert-il concrètement et comment l'analyser ? Découvrez notre guide complet.
Mis à jour le 08 mars 2026
Un génogramme est un outil systémique permettant de fournir une représentation graphique de la structure familiale, et ce, sur plusieurs générations.
En dépassant la simple illustration, il agit comme une véritable « photographie » dynamique permettant de mieux comprendre les relations entre les membres de la famille ainsi que les symptômes dont certains peuvent souffrir.
Cet outil s’avère extrêmement précieux pour les professionnels du secteur social, médico-social et thérapeutique qui conduisent des entretiens familiaux et sont amenés à examiner l’histoire des familles qu’ils prennent en charge.
Dans cet article
Les origines cliniques et théoriques du génogramme
Le génogramme a fait son apparition dans les années 1960 aux États-Unis, avant que les cliniciens européens ne commencent à utiliser cet outil systémique au cours des années 1970. Son évolution s’est structurée jusqu’à nos jours, opérant une transition majeure de la généalogie factuelle vers la psychogénéalogie clinique.
Son ancrage repose sur des piliers académiques rigoureux. Murray Bowen, psychiatre américain, a été l’un des premiers à mettre en avant le génogramme comme outil indispensable de compréhension du système familial. Il a notamment introduit l’analyse du degré d’anxiété chronique au sein d’une lignée, tandis que la psychothérapeute Virginia Satir a enrichi l’outil par l’écoute active des émotions et l’identification des « positions de survie ».
Plus tard, dans les années 1980, Monica McGoldrick et Randy Gerson ont standardisé la sémiologie graphique, offrant aux professionnels une véritable grammaire universelle. Enfin, l’approche de la psychogénéalogie, portée en France par Anne Ancelin Schützenberger, a définitivement transformé cet outil en un détecteur de transmissions inconscientes.
Génogramme ou arbre généalogique ?
Bien que le génogramme d’une famille puisse être comparé à l’arbre généalogique, son but est fondamentalement différent :
Il vise à mettre en lumière la nature des relations intrafamiliales, comme les alliances, avec une véritable portée thérapeutique.
Là où les systémiciens utilisent le génogramme pour investiguer la réalité événementielle d’une famille (coalitions, ruptures), les psychanalystes s’en servent pour explorer la dimension inter-fantasmatique et inconsciente des liens familiaux.
Les bénéfices thérapeutiques : pourquoi faire un génogramme ?
Une famille constitue un système composé de membres dont les relations engendrent des affinités, des conflits, des émotions et des sentiments divers.
Selon les principes de l’approche de Palo Alto, notre comportement s’inscrit toujours dans un contexte relationnel plus large. Si l’un des membres subit un bouleversement, c’est l’ensemble du système qui peut s’en trouver affecté.
Un « objet flottant » pour libérer la parole et déculpabiliser
Dans la pratique clinique, le génogramme fait partie de ce que l’on nomme les objets flottants. Ces techniques d’entretiens systémiques sont mises en œuvre lorsque la juste distance entre le professionnel et la famille est difficile à trouver, ou si la discussion conventionnelle ne suffit pas.
C’est le génogramme qui donne la parole aux patients, devenant un intermédiaire sécurisant sur lequel s’appuyer pour faire travailler la mémoire.
Cette méthode s’avère d’ailleurs très efficace pour aider les membres d’une famille à déculpabiliser. En effet, en travaillant sur cet outil visuel, les patients ne parlent pas uniquement d’eux, ils parlent aussi des autres, ce qui est beaucoup moins anxiogène que d’évoquer d’emblée ses propres difficultés à un inconnu.
Débloquer les schémas familiaux et les répétitions transgénérationnelles
Il est considéré que les vulnérabilités des membres d’une structure familiale se retrouvent bien souvent d’une génération à l’autre. Le génogramme permet justement de repérer les loyautés invisibles et de comprendre les transmissions transgénérationnelles de comportements.
"Le transgénérationnel est comme une « patate chaude » qu'on se passe de main en main et de génération en génération. Elle brûle toutes les mains par lesquelles elle passe.
Ce qui ne s'exprime pas en mots s'imprime, et s'exprime alors en maux."
Psychologue, psychothérapeute et universitaire française
Dans le traitement des troubles anxieux, par exemple, le génogramme peut révéler des patterns d’anxiété ou des mécanismes d’évitement transmis implicitement. Un patient souffrant de Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC) pourrait ainsi découvrir que d’autres membres de sa famille présentaient des comportements similaires par le passé.
Cet outil est tout aussi pertinent pour les problématiques de couple ou les dynamiques violentes. Le psychiatre Robert Neuburger utilise fréquemment le génogramme pour aider les couples à comprendre comment leurs histoires familiales respectives influencent leur relation actuelle.
Dans les situations de harcèlement ou de violences intrafamiliales, la cartographie peut mettre en évidence des cycles de violence qui se perpétuent à travers les générations, offrant une compréhension essentielle pour briser ces schémas.
Guide technique : comment construire et analyser un génogramme ?
La collecte d’informations nécessaires à la construction du génogramme se fait lors d’un ou plusieurs entretiens familiaux, en se référant idéalement à un minimum de trois générations.
Le thérapeute débute en recueillant des informations basiques telles que les noms, prénoms et âges. Indiquer le prénom est particulièrement important, car cela permet de se rendre compte si une personne a hérité du prénom d’un aïeul au destin tragique, agissant potentiellement comme une mission de remplacement.
Viennent ensuite les dates de faits qui ont marqué l’histoire familiale, comme les mariages, les divorces, les conflits, les pathologies ou les décès. C’est cette dimension, parfois appelée génosociogramme, qui permet de mettre en évidence des secrets de famille ou le fameux syndrome d’anniversaire. Une fois ce récit posé, le professionnel s’appuie sur une sémiologie graphique standardisée pour tracer les liens.
Exemples de symboles utilisés pour créer un génogramme
| Élément familial | Symbole graphique utilisé | Signification clinique |
| Individus | Carré / Cercle | Les hommes sont représentés par des carrés, et les femmes par des cercles. |
| Statut vital | Croix (X) | Les personnes décédées sont indiquées par un X barrant leur symbole, souvent avec l'année du décès inscrite au-dessus. |
| Grossesses arrêtées | Triangle ou petits cercles | Représente les fausses couches, avortements ou les bébés mort-nés. |
| Liens matrimoniaux | Ligne horizontale continue | Relie les membres d'un couple marié. |
| Rupture / Divorce | Ligne horizontale brisée | Indique que les personnes sont séparées ou divorcées. |
| Union libre | Ligne horizontale en pointillés | Symbolise les couples qui vivent en concubinage |
| Filiation | Lignes verticales | Relient les parents à leurs enfants. Les lignes sont continues pour un enfant biologique, et en pointillés pour un enfant adopté. |
"L'information est une différence qui crée une différence."
Anthropologue, psychologue et épistémologue américain. Cofondateur de l'école de Palo Alto.
Le génogramme permet de faire émerger ces différences significatives dans l’histoire familiale qui peuvent éclairer et transformer les difficultés actuelles.
Les dimensions d’analyse : du discours au ressenti corporel
L’analyse d’un génogramme se déploie sur plusieurs niveaux de lecture :
- le niveau relationnel va permettre de comprendre les affinités et les divergences.
- le niveau fonctionnel met en lumière la manière dont les membres s’adaptent aux changements (maladies, naissances).
- le niveau structurel montre si la famille évolue en harmonie avec le système culturel de la société.
Toutes ces lectures peuvent s’opérer de manière horizontale, en se concentrant sur le présent de la fratrie, ou de manière verticale en étudiant la transmission sur plusieurs générations.
Dans une perspective plus avancée, la puissance thérapeutique de l’outil réside dans sa capacité à mobiliser les différentes instances de l’être humain. Le processus sollicite :
- le système réflexif via le discours et la compréhension intellectuelle des dates.
- le système de l’imaginaire, là où naissent les métaphores et les émotions.
- le système sensorimoteur par le biais de la « sculpture familiale », où le patient positionne physiquement les membres de sa famille dans l’espace.
Ce passage du mot à l’image, puis au corps, aide l’individu à opérer un « renversement de l’entonnoir » : plutôt que de rester étouffé par les délégations de ses ancêtres, le sujet trie son héritage, rejette les missions toxiques et s’ouvre au monde de manière autonome.
Les limites et précautions d’usage
Bien qu’il offre une perspective enrichissante, le génogramme connaît des limites et ne doit pas être considéré comme un outil miraculeux capable de guérir tout dysfonctionnement.
Travailler sur les transmissions multigénérationnelles ne doit pas systématiquement pousser le thérapeute ou la famille à croire que chaque évènement est indubitablement lié au passé. Même si une génération a connu des événements douloureux, cela ne veut pas dire qu’ils se reproduiront systématiquement. Par ailleurs, certains patients luttent contre le changement ou craignent le jugement du professionnel, ce qui peut les empêcher de révéler certains traumatismes (secrets, violences) et faire perdurer le fonctionnement actuel. L’exploration nécessite donc un cadre hautement sécurisant pour éviter toute déstabilisation émotionnelle.
Références bibliographiques
Monica McGoldrick et Randy Gerson (1984). Génogrammes et entretien familial (ESF éditeur)
Ivy Daure et Maria Borcsa (2025). Les génogrammes d’aujourd’hui : La clinique systémique en mouvement (ESF Sciences Humaines)
Muriel Katz-Gilbert, Joëlle Darwiche et Claudine Veuillet-Combier (Sous la direction de)(2015). Génogramme ou arbre généalogique. Regards systémiques et psychanalytique (Editions In Press)
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